Claude NAUDIN
(1915-
2007)


autoportrait 1980

Mon père Claude NAUDIN est né à Andrésy (78) le 21 novembre 1915. Il fréquente l’Ecole Primaire d’Andrésy et y obtient son Certificat d’Etudes en 1930. Il travaille alors avec son père Edouard dans l’entreprise familiale, comme peintre en bâtiment, jusqu’à son Service Militaire (1936 –1938).

A peine libéré de ses obligations militaires il est mobilisé (22 Août 1939) sur la ligne Maginot. En novembre 1939, il obtient une permission spéciale pour épouser Denise FRANCHINO puis rejoint son unité le 1er Décembre 1939. Il ne reverra sa femme que deux fois avant d’être fait prisonnier par les Allemands en juin 1940 dans la forêt de St. Dié. Il suit alors les colonnes de prisonniers de guerre de camp en camp de Nuremberg à Weinsberg (Vurtemberg) où il est contraint de travailler à l’usine à gaz de ville, au chargement des fours à charbon. Il y reste jusqu’à sa libération par les troupes Américaines le 13 Avril 1945. Il est démobilisé le 26 mai 1945 à Paris.

Il reste marqué à vie par cette expérience militaire traumatisante qui influe sur son caractère et le rend difficile à vivre pour ses proches. Il commence alors à peindre plusieurs tableaux d’instinct et démontre un réel talent pour le dessin et la couleur. Délaissant dès son retour d’Allemagne, l’entreprise de peinture en bâtiment de son père, il rejoint son beau-père Auguste FRANCHINO, avec qui il apprend le métier d’électricien.

En 1947, il rencontre à Andrésy Fin d’Oise, le peintre-graveur Raymond FONTANET dit « RENEFER », avec qui il se lie d’amitié et qui devient très rapidement son Maître. Les deux hommes s’estiment et leur amitié augmentera au fil des années. Ils peignent ensemble pendant dix ans, jusqu’à la mort de Renefer en 1957.

Parallèlement à sa passion pour la peinture, il élève ses deux enfants, Dominique(1946) et Francine (1951) et leur donne une éducation et une ouverture sur le monde et ses valeurs, qui prouvent son humanisme et sa perception aiguë du monde.

Vase aux pavots (1955)

Artistiquement très influencé et guidé par Renefer, il fréquente pendant cette période divers salons et expositions, comme l’Académie de Conflans Sainte Honorine (dont Renefer est président) et surtout le Salon des Artistes Indépendants à Paris (dont Renefer est membre du bureau).

Vue depuis le Moussel à Andrésy (1956)


Il apprend également de Renefer, l’art difficile de la xilogravure (gravure sur bois), avec un talent et une habileté qui en disent long sur sa maîtrise artistique et artisanale.

Les gouges de gravure

L'église d'Andrésy (sa première gravure sur bois)


La carte à gratter d'après nature

Le bois gravé en symétrique


Le dernier tirage n°100


Après la disparition de son ami, il commence avec bonheur le lavis à l’encre de Chine et l’aquarelle, tout en continuant la peinture à l’huile dès que ses obligations professionnelles et familiales lui laissent un peu de temps.


Lavis : en bas de la côte du cimetière d'Andrésy

aquarelles : fin d'Oise inondé

Vue sur le vieil Andrésy


Il n’a jamais cherché à se lancer professionnellement dans la peinture, ni à vendre quoi que ce soit de ses œuvres, préférant donner ses créations à ses amis ou aux gens qu’il a en estime, considérant que l’art doit absolument se dégager des contraintes mercantiles, pour accéder à la pureté et au désintéressement qui, pour lui, mènent à l’accomplissement et à la liberté de l’expression artistique. C’est cet état d’esprit, très respectable au demeurant, qui fait que toute sa vie d’artiste et son œuvre restent méconnues du public et qu’il ne se met jamais en valeur dans des galeries d’art ou des expositions / ventes. Il préfère participer à des manifestations artistiques avec ses amis, mais refuse toujours d’en tirer profit.

A la fin des années 50, il peint la Bretagne Sud à Doêlan et alentours où il rencontre un graveur Allemand de Berlin Ouest : M. VENSK, qui émigre par la suite aux Etats-Unis d’Amérique et M. COURTIN (peintre de Nogent le Rotrou) avec qui il aime partager de bons moments artistiques, et la bonne chère de l’auberge Le Pennec de Doêlan-sur-Mer.

Le port de Doêlan sur mer en 1962


En 1969, Denise, sa femme demande le divorce, lassée par son caractère difficile et son intérêt trop envahissant à son goût pour son art. Assez ébranlé par cette séparation dont il ne veut pas, Claude NAUDIN reprend l’ancien appartement de ses beaux parents, près de l’église d’Andrésy et y installe son atelier de peintre, qu’il occupe jusqu’à sa mort.
A la fin des années 60, il découvre les Causses, cette région qu’il trouvait poignante et austère et dont il ramène lavis, aquarelles et peintures à son goût.
En 1972, ses obligations professionnelles le conduisent au Broc, au dessus de Nice où il se prend d’enthousiasme pour la lumière et les ciels du Midi ; contraste étonnant avec les gris délicats de l’Ile de France et les ciels tourmentés de Bretagne. Pourtant, il s’adapte très facilement à cette nouvelle palette de tons plus chauds et y excelle très rapidement, sachant d’emblée, restituer sur ses toiles la densité de lumière de cette attachante région et les contrastes forts qu’elle engendre. Il y reste deux mois en deux voyages et revient à Andrésy où il prend sa retraite d’électricien en 1980.

Eze (1972)


A partir de 1981, il collabore régulièrement aux séances d’arts graphiques organisées à l’atelier de l’APAS, rue Saint Charles à Paris, sous la direction de M. VERDEILLE, qui tente de le pousser vers l’art abstrait. Il n’est que peu attiré par cette forme d’expression, qu’il aime bien commenter avec ses amis peintres, mais qu’il n’a pas de plaisir à pratiquer.
Toute sa vie, il affiche une nette tendance figurative qui le classe dans le post-impressionnisme, et oriente beaucoup son œuvre vers le paysage pris « sur le motif » en privilégiant les petits formats avec lesquels il peut restituer l’authenticité d’un moment fugace ou d’un effet rencontré au hasard et traduit sur son support en quelques minutes.

Pendant les années 80, il consacre son temps à son art, à ses enfants et à sa petite fille. De l’avis unanime de ses proches, il est à ce moment de sa vie et ce jusqu’à sa mort, un homme d’une incroyable générosité, toujours à l’écoute des autres et ne ménageant pas sa peine pour simplement faire plaisir aux siens et à ses amis. Ses fameuses pâtisseries sont délicieusement entrées dans la mémoire gustative de bien des personnes et pour très longtemps !

Prayssac (Lot) en 1979

Au début des années 90, Claude aime aller visiter son frère René une fois l’an à Prayssac (46), d’où il ramène quelques carnets de croquis bien remplis et plusieurs belles peintures à l’huile.

L'atelier de l'APAS en 1981


En 1998 , l’atelier parisien de l’APAS ferme définitivement. Il entretient alors des rapports amicaux privilégiés avec ses anciens membres et surtout avec Claude BELLANGER, Sarah HERNANDEZ et Sabine SZUMIGAJ. Ces deux dernières deviennent ses élèves et fréquentent régulièrement son atelier d’Andrésy, afin de peindre avec lui et de profiter de ses conseils avisés.


Fin 2004, Marie-Gabrielle THIERRY, jeune artiste peintre établie à Andrésy le contacte pour créer l’Association Renefer, et sortir de l’oubli le vieux maître dont l’œuvre sommeille depuis 1957.
Les années 2005 et 2006 lui apportent la satisfaction de voir son ami Renefer reconnu comme un des peintres majeurs de la région et un témoin de la Grande Guerre (son œuvre dessinée et gravée sur ce sujet, fait actuellement autorité).

Le 17 Avril 2007, très affaibli par une insuffisance respiratoire chronique, Claude NAUDIN s’éteint paisiblement à Poissy, à l’age respectable de 91 ans, entouré de l’affection de sa famille et de ses amis. Peu de temps auparavant, il disait à sa belle-fille Jacqueline DELAVAUX : « Tout compte fait, ma vie, malgré toutes les épreuves qui l’ont ponctuée, n’a pas été si mauvaise que cela ; j’y ai acquis un savoir et une expérience humaine qui valaient la peine d’être vécus ».

Biographie rédigée par son fils Dominique NAUDIN. Page réalisée avec sa précieuse collaboration

Livre paru fin avril 2009 aux éditions NANGA

Ouvrage cartonné sous jaquette, 22 cm x 22 cm.
128 pages, 140 illustrations.

28 € seul
45 € avec un DVD contenant 2 films (interview de C. Naudin en 2006 et Renefer filmé par C. Naudin en 1957) et un diaporama
Disponible à la librairie Point-Virgule à Andrésy

Exposition à la galerie Grignotis à Erquy (Côtes d'Armor) jusqu'au 26 avril 2009
Coupures de presse : Ouest-France et Le Penthièvre

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